[]
[]
[]
[]
[]
[]
[]
[]
[]
[]
[]
[]
[]
[Web Creator] [LMSOFT]
Hedy Sebag alias Yvette Peeters
MERCREDI 11 JUIN 2003

LE COURRIER DE L'ESCAUT

Intense émotion, ce mardi, à Wiers où trois « enfants juives » retrouvaient les traces de leur passé à une époque où il ne faisait pas bon porter l'étoile...

DE LA NOSTALGIE, de la tristesse mais aussi de la joie... Tous ces sentiments, mêlés, se lisaient sur les visages de ces dames, à l'âge respectable, qui s'étaient donné rendez-vous un peu avant midi au domicile d'Hélène Clin, qui fut institutrice au couvent Saint‑Joseph,  à Wiers, notamment durant 1a dernière année de guerre qu'ont partagée tous ensembles, les invitées aux retrouvailles organisées, ce mardi, à Wiers.

Dans nos éditions des 21 et 24 mai derniers, nous avons fait largement écho aux événements qui ont présidé à ces dernières. On rappellera que c'est par le biais du site Internet réalisé par deux passionnés d'histoire locale ‑ Thierry Fauvaux et Daniel Minet qu'Hedy Schachter alias Yvette Peeters durant la guerre a retrouvé depuis le fin fond de la Californie où elle habite , les traces du couvent Saint-Joseph de Wiers où elle fut hébergée en compagnie d'autres enfants juives, de 1943 à 1944.

Des échanges de courriels qui suivirent est née l'idée d'organiser une rencontre qui a pu aboutir ce mardi. Avec la volonté d'y associer un maximum de personnes ayant connu ces périodes. Mais les recherches ne furent guère facilitées par le fait que les enfants juives portaient une fausse identité à l'époque et cachaient en outre soigneusement le secret de leur véritable existence, sachant que révéler ce dernier pouvait leur être fatal. L'appel a toutefois été entendu par deux autres « enfants » de l'époque, Régina Silberman, alias Léa Neerinckx, résidant à Anvers, et Rose Leszczynska, Gilberte Alaine pendant la tourmente, domiciliée aujourd'hui à Bruxelles. Outre Mlle Clin, Mme Simone Hennart‑Dupriez, ancienne institutrice, ainsi que Mmes Nelly et Simone Herman qui ont retrouvé les traces de leurs amies juives grâce aux articles parus dans notre quotidien, participaient également à ces réjouissances.

 L'enfer

On connaissait la vie des enfants juives au couvent de Wiers entre 1943 et 1944 mais l'on en savait par contre beaucoup moins sur ce qui s'était déroulé avant ou après cette période. Les retrouvailles furent aussi l'occasion d'évoquer ces périodes qui laissèrent d'indélébiles traces dans les souvenirs de ces enfants à jamais marquées par la guerre. Ainsi, par exemple, Régina Silberman qui avait été placée au couvent de la Verte Feuille, à Tournai, avant de  rejoindre Wiers, se souvient avoir assisté au bombardement de la gare de la cité des cinq clochers. Elle se rappelle aussi de cette période où elle devait se cacher avec ses parents dans la mansarde d'un bordel anversois. Elle ne pouvait pas faire le moindre bruit car, juste un étage en dessous, des officiers allemands venaient profiter des charmes de « belles de jour ».

Rose, elle, se souvient qu'au couvent de Wiers, elle devait officiellement se faire passer pour une éducatrice. Car, même si elle n'était âgée que de 13 ans à l'époque, elle en paraissait beaucoup plus et il n'aurait pas été plausible de la mêler aux écolières. Son âge, comme sa véritable identité, devait demeurer un secret absolu. Il semblerait toutefois que les institutrices avaient deviné : « A leur comportement, nous avions compris que ces enfants présentaient quelque chose de particulier. Lors des offices, par exemple, on pouvait deviner qu'elles étaient juives, mais personne n'en n'a jamais palé pendant la guerre...

 L'Amérique

Lorsqu'on lui demande comment elle est arrivée en Californie Hedy essuie une larme et soupire en disant : « C'est une longue histoire » qu'elle a cependant entrepris de nous conter dans les détails.

A la fin de la guerre, sa soeur qui habitait Bruxelles, portait une fausse identité et s'était fait teindre les cheveux en blond, vint la rechercher au couvent. Durant le trajet, elle lui dit simplement : « Papa et maman sont partis ». Plus tard, elle apprendra qu'ils avaient « pris » le tram pour Auschwitz. Hedy a alors connu plusieurs séjours dans des orphelinats, en Belgique tout d'abord, à Londres ensuite, où vivait son frère. Là, elle a appris a vivre comme dans un kibboutz et partit pour Israël alors qu'elle n'avait que 17 ans. La vie des kibboutz ne la séduisit guère mais bien... son mari qu'elle rencontra à Tel‑Aviv et ensuite à Jérusalem. En 1955 elle est patie rejoindre sa sueur qui avait épousé un Américain à New York.. Elle vécut à Big Apple jusqu'en 1991. Aujourd'hui veuve, elle vit à Irvine en Californie non loin de ses enfants et petits-enfants. Elle trouve auprès des siens cette sérénité dont elle fut privée durant une bonne partie de son enfance. Aussi, renouer avec cette dernière aussi brutalement était un choc certes difficile mais, pourtant, empreint d'un grand bonheur. Car, comme devaient aussi le rappeler Régina et Rose, leur vie d'aujourd'hui, elles la doivent à ceux qui, hier, au péril de leur propre existence, les ont acceptées sans tenter de percer... leur secret.

EN BREF

Leja !

Si son faux nom lui fut imposé, Régina Silberman a pu choisir son prénom pendant la guerre. Elle avait décidé quelle s'appellerait Léa. Mais comme elle connaissait mal le français, elle l'écrivait toujours « Leja », qui est un nom typiquement juif (en Pologne notamment). « Fort heureusement, les Allemands n'ont jamais vu mon faux prénom à l'époque », conclut­-elle.

Elle se souvient aussi de ce qu'on lui avait suggéré à l'époque :  « tu t'appelles Léa Neerinckx, et tu oublies tout le reste... »

 

Rendons à M. Durieux…

Dans notre  précédent compte rendu, nous avons appelé le secrétaire communal de l'époque M. Dutrieux. Il s'agissait en réalité de M. Durieux.. II était sans doute le seul à connaître avec certitude l'identité des enfants juives de Wiers puisqu'il leur délivra de faux papiers.

Bien soignées

Toutes les anciennes pensionnaires du couvent se souviennent combien les soeurs les soignaient aux petits oignons durant la guerre. Régina se rappelle qu'elle recevait du lait mais qu'elle avait horreur de cela. Lorsqu'elle raconta ce fait après la guerre, elle mesura à quel point offrir du lait pendant les hostilités était un véritable luxe ....

Vincent DUBOIS
Extrait du Courrier de l'Escaut du mercredi 11 juin 2003


  
Wiers son histoire, ses cartes postales anciennes & l'histoire de ses chapelles
Chronologie de l'histoire
LA FABULEUSE AVENTURE D'HEDY SEBAG ALIAS YVETTE PEETERS