Nelly reconnue après 60 ans...
RETROUVAILLES – D’Irvine (Californie) à Wiers
La petite Nelly qui figure sur la photo de 1943 publiée en nos colonnes mercredi a été reconnue.
Elle n'a jamais oublié les enfants juives de Wiers.
DANS notre édition de mercredi, nous vous relations l'histoire passionnante de cette enfant juive Hedy Schachter qui se faisait appeler jadis Yvette Peeters, et qui a été hébergée au couvent Saint‑Joseph, à Wiers, entre 1943 et 1944... Celle‑ci, aujourd'hui âgée de 72 ans, avait retrouvé les traces de son passé alors que sa fille surfait sur internet et était tombée, un peu par hasard, sur le site que consacrent à leur village deux Wiersiens passionnés d'histoire et d'informatique : Thierry Fauvaux et Daniel Minet. Lesquels se sont notamment inspirés d'une étude sur les chapelles du village effectuée il y a plus de 50 ans par M. Edmond Hennart exinstituteur en chef de l'école communale de Wiers.
Le plus cher souhait d'Hedy aurait été de retrouver, lors du voyage qu'elle entamera dans notre pays en juin prochain, deux amies d'enfance ‑ Nelly et Françoise ‑ avec lesquelles elle posa jadis sur la photographie que nous reproduisions dans notre édition de mercredi. Sans savoir si ces deux jeunes filles étaient ou non juives et si elles portaient par conséquent une fausse identité.
Mais, c'est Nelly !
L'appel lancé par « Yvette » a été entendu, ou plutôt lu par une lectrice de notre journal qui a aussitôt reconnu en Nelly l'une de ses amies d'enfance résidant à Quevaucamps. Dans l'heure qui a suivi, Nelly Herman, demeurant à la chaussée de Brunehaut a été littéralement inondée d'appels lui annonçant qu'elle était recherchée par son amie juive. C'est, avec énormément d'émotion qu'elle nous a retracé cette dernière année de guerre passée à Wiers. Si Nelly est arrivée au couvent Saint‑Joseph, c'est essentiellement parce que ses parents avaient, en tant que membres des mutualités chrétiennes de l'époque des avantages à y placer leurs chérubins. À l'époque, le couvent abritait plusieurs enfants dont les parents travaillaient au charbonnage. Nelly, qui intégra le couvent avec ses deux soeurs, Simone et Candi, avait suivi les cours à l'école communale d'Harchies jusqu'au moment où éclata la guerre. Sans savoir qu'il s'agissait d'enfants juives, elle se lia d'amitié avec celles qui appartenaient au groupe " d'Yvette Peeters »
« J'avais un faible pour elle car elle avait l'air toujours triste et j'avais vraiment envie de la consoler » nous confie Nelly qui ne comprît qu'après la guerre les raisons légitimes de la tristesse de son amie. « On restait parfois plusieurs mois au couvent sans rentrer à la maison. Certaines ne rentraient jamais chez elles et ne disaient jamais rien à ce propos... Un jour lors d'une promenade, nous avons croisé des hommes de la Gestapo. Reconnaissant l'un d'eux nous sommes allés, ma soeur et moi lui dire bonjour. Cela nous a peut-être toutes sauvées d'un contrôle plus risqué au couvent... Un jour, toutes mes amies sont parties sans que je sache où elles allaient. A partir de ce moment, je ne me plaisais plus au couvent... «
Nelly se souvient du moment où la photo fut tirée et de la présence de Françoise mais elle ne peut donner de précision sur l'identité de cette dernière. Une fois la guerre terminée, Nelly est retournée à Harchies et a perdu ses amies de vue. Si ce n'est Violette Dhont, Marie Lakmand avec laquelle elle a entretenu une correspondance pendant quelques années, après la libération.
« Une seule fois Violette m'a dit, juste après la guerre : je te dirai un secret. Elle me l'a écrit bien plus tard, mais je ne l'ai jamais revue. A l'époque Violette habitait à Molenbeek… »
Et puis, il y eut le mariage de Nelly en 1950, trois enfants et le travail – 24 années à l'usine textile Dulieu à Quevaucamps, avant de se retrouver derrière le comptoir du Zigomar sur la place du Village, où elle accueillit les clients durant 26 ans.
Aujourd'hui, c'est toute une période de sa vie qu'elle croyait à jamais enfouie dans ses souvenirs que la lecture de notre article vient de raviver.
Inutile de préciser que Nelly sera de la partie lors de la cérémonie prévue au début du mois de juin en présence de son amie Yvette et des institutrices qui partagèrent les dernières heures de la guerre avec les enfants du secret...
Elle se souvient tout particulièrement de Mlles Clin, Simone et Lucie ainsi que des religieuses de l'époque : sœur Anna, Cécile, Agnès.
Elle aurait souhaité retrouver la trace d'une amie de sa soeur Simone, Rosa dont le papa a était photographe à Charleroi.
Vincent DUBOIS
Et Lionel LEDRU
Extrait du Courrier de l'Escaut du samedi 24 mai 2003