Douze enfants dans le secret
Mlle Hélène Clin qui fut notamment institutrice au pensionnat Saint‑Joseph durant la période trouble de la fin de la guerre se souvient très bien de la présence des enfants juifs au sein de l'établissement. « Pendant la guerre le pensionnat était fermé mais il accueillait notamment des enfants placés par des associations caritatives. Les enfants juifs étaient au nombre de 12. Les religieuses n'ont jamais dévoilé leur véritable nationalité mais nous avions remarqué que ces enfants avaient un comportement différent des autres durant les offices qui se donnaient alors tous les jours au couvent. À !a fin de la guerre, nous nous doutions bien qu'il s'agissait d'enfants juifs. J’ignore ce qu'ils sont devenus par la suite. Une seule est revenue : l'aînée Rose Leczinka qui était partie habiter Bruxelles et qui se faisait alors prénommer Gilberte. Nous avons également eu des contacts avec Régina Siberman, connue sous le prénom de Léa et qui habitait à Anvers.
Quant à Nelly et à Françoise dont Yvette parle dans ses courriers, j'ignore d'où elles venaient... Et si l'on observe d'un peu plus près les photos transmises par Hedy Sebag on constate que l'une de ses amies de l'époque, Nelly porte une cravate sur laquelle se trouve un insigne ressemblant étrangement à celui des Jeunesses étudiantes chrétiennes de l'époque. Ce qui permettrait de penser qu'il ne s'agissait pas d'une enfant juive à moins que ce détail vestimentaire n'ait été rajouté dans le but, précisément, de brouiller les pistes...
RETROUVAILLES. D'Irvine (Californie) à Wiers.
L' ENFANT JUIVE RETROUVEE GRACE A INTERNET
Du fond de la Californie, en pianotant sur son ordinateur Hedy Schachter, alias Yvette Peeters durant la guerre, a replongé dans son enfance… à Wiers. A bien des égards, l'histoire d'Yvette Peeters ressemble a un véritable conte de fée où Clochette aurait cédé la place à Internet. Alors, il était une fois...
Tout commence par un remarquable travail effectué par un informaticien wiersien âgé de 45 ans et travaillant chez Belgacom, Daniel Minet, qui a mis au point un site internet dédié à une visite virtuelle de son village. Au fil du temps, avec l'aide de Thierry Fauvaux, il est venu s'enrichir de l'histoire des chapelles, niches et calvaires de Wiers auxquels l'oncle de Thierry, notre correspondant Marc Fauvaux a consacré un ouvrage. On peut également consulter sur ce site la vidéo réalisée par M. Edmond Musy ainsi que de vieux documents et d'anciennes photos d'écoles.
Daniel Minet a ét é surpris de recevoir des courriels des quatre coins du monde rédigés par d'anciens Wiersiens ou par des personnes ayant des attaches avec le village. Parmi lesquels, Patrick Delart qui a migré vers la côte Ouest depuis plusieurs années ou Marie-Ange Fauvaux, une lointaine cousine à la, famille wiersienne bien connue installée en Australie.
Séquence émotion
Parmi ces courriers électroniques, certains se veulent particulièrement émouvants. Ils ont été rédigés par Eve Sebag demeurant à Irvine, en Californie. En lisant ci‑après quelques extraits de ces messages, vous comprendrez sans peine l'émotion qu'ils suscitèrent :
« J'ai trouvé votre web site sur Wiers Belgium. J'écris pour ma mère qui était cachée dans un couvent à Wiers entre 1943 et 1944 parmi quelques enfants juifs. Mais, malheureusement, elle ne se souvient pas du nom de l'ordre... Ma mère est très excitée et émotionnée, de trouver quelqu'un qui peut nous aider. Son nom maintenant est Hedy Sebag, elle est née Hedy Schachter mais quand elle était cachée à Wiers, elle a pris le nom d'Yvette Peeters. Elle est née en Allemagne en 1931 et, avec ses parents elle est venue à Anvers et ensuite à Bruxelles en 1939. Quand la situation est devenue grave…, le comité juif l'a aidée en la plaçant dans un couvent à Namur. Elle est restée là quelques mois et quand les Allemands sont venus chercher les enfants juifs, ellee est partie pour Wiers où elle est restée jusqu'à la fin de la guerre... Elle se souvient du nom d'une institutrice, Mlle Simone. Elle avait aussi des copines qui habitaient le village : Nelly et françoise. Ce serait très gentil de nous offrir de nous piloter dans le village et surtout de visiter le couvent... Nous viendrons à Wiers le 10 juin... ».
Avis de recherche
Pour illustrer son propos, Eve Sebag prit soin de joindre des photos de sa mère tirées à la fin de la guerre ainsi qu'une photo de cette dernière en compagnie de ses copines de l'époque, Nelly et Françoise dont plusieurs habitants de Wiers se sont mobilisés pour retrouver la trace. Sans savoir si ces deux jeunes filles habitaient réellement dans le village car il n'est pas impossible qu'elles aient été juives également. Les enfants ignoraient, semble‑t-il, que certains de leurs condisciples étaient juifs. Tout comme les institutrices d'ailleurs, même si elles s'en doutaient (voir notre cadrée). Au niveau de l'administration communale, une personne savait avec certitude : Mr Léon Dutrieux secrétaire communal à l'époque, aujourd'hui décédé. C'est en effet lui qui a fourni les fausses identités aux juifs.
Le 10 juin prochain, Hedy Sebag, alias Yvette Peeters, fera halte à Wiers où elle pourra notamment revoir Mlle Clin, qui fut institutrice au couvent notamment entre 1943 et 1944 et qui devint par la suite directrice de l'école Saint‑Joseph. Mme Simone elle aussi institutrice a l'époque, fera également partie du comité d'accueil. Deux autres anciennes enfants juives restées en Belgique, Mmes Rose Leczinska (Gilberte en 1943) et Régina Siberman (Rose) devraient également être présentes.
Hedy lance un pressant appel pour retrouver les deux amies aux côtés desquelles elle fut photographiée a l'époque et qui avaient pour prénom (sans que l'on sache s'ils étaient bien réels ou non): Nellv et Françoise.
Tout témoignage qui permettrait d'identifier ces deux dernières sera le bienvenu.
Vincent Dubois
Extrait du Courrier de l'Escaut du mercredi 21 mai 2003